Petite histoire de la classe préparatoire à Saint-Cyr ("Corniche") du lycée Bugeaud d'Alger

La création officielle de la Corniche d'Alger remonte à la rentrée d'octobre 1883, au "Grand Lycée".
Mais déjà, depuis 1864, l'établissement avait fourni des aspirants aux écoles militaires. La première trace officielle d'une intégration à Saint-Cyr concerne Bader, Leautier et Tassin, à la promotion "du Shah" (1872-1874).
On peut également remarquer le premier musulman cyrard en 1875, Mohamed ben Kouty ben Ezzedine, dans la promotion "Dernière de Wagram" (1875-1877).
Mais, bien évidemment, le succès en 1909 d'un certain fils de gendarme, signalé en 7ème position de la liste, Alphonse Juin, né à Bône, inaugurera la première carrière d'un Pied-Noir qui conduira au bâton de Maréchal de France.
Il sortira major de la promotion "de Fès "(1909-1912), avec un camarade qui se signalera à sa manière dans l'histoire de l'Algérie : Charles De Gaulle...
A partir de cet événement, on peut alors suivre plus précisément la vie de la Corniche, jalonnée par ses tribulations et les carrières des quelques hommes remarquables qui sont passées à l'Histoire militaire, si ce n'est à l'Histoire tout court.
Trois intégrés sur quatre de la promotion de la Grande Revanche (1914), dont le Z Henri Verner, tomberont Sous-Lieutenants à la tête de leurs sections.
Dans la promotion du Rif (1924-1926), on note un certain Edmond Jouhaud, qui va choisir l'Armée de l'Air, y faire une brillante carrière, résistance comprise, jusqu'à un certain 13 mai 1958... La suite est connue, mais ce qui l'est moins, ce sont les 229 nuits que cet homme, viscéralement attaché à sa terre natale, a endurées dans sa cellule de condamné à mort, dans l'attente du fourgon fatal, avec une dignité qu'honorèrent deux Généraux, un Officier supérieur et trois Capitaines qui fusillèrent leurs carrières plutôt que d'obtempérer aux ordres d'exécution.
Tous les Légionnaires connaissent le Commandant Barthélemy Raffalli, magnifique combattant au 2ème Bataillon Etranger de Parachutistes, tombé au combat de Chuyen-My-Truong-Ha, alors qu'il venait de passer son commandement, mais qu'il avait sollicité l'honneur d'une dernière opération avec ses hommes !..
En 1941, la "Corniche Algérienne" change de nom, pour s'appeler "Corniche Weygand", le Général étant alors présent à Alger, nommé par le Maréchal Pétain Commandant en Chef des Forces Françaises en Afrique.
Maxime Weygand ! Etrange et fabuleux destin de cet homme au père et à la mère inconnus, mais qui tourne autour de l'aventure de Maximilien de Habsbourg au Mexique.
Elevé en France sous le nom de "de Nimal", il intègre à Saint-Cyr, change ce nom pour adopter celui définitif de Weygand, prend la nationalité française, et va servir dans l'honneur son pays d'adoption au cours d'une longue et riche carrière qui, de l'Etat Major de Foch pendant la Grande Guerre, en passant par la campagne de Pologne en 1920, le Liban où il effectue deux séjours, débouche sur les responsabilités suprêmes en 1940.
Il est en effet rappelé en catastrophe par Paul Reynaud pour sauver à coup de baguette magique une situation que la clique politicienne a bien provoquée en désarmant consciences et arsenaux entre les deux guerres.
On connaît la suite, mais le "politiquement et historiquement correct" camoufle soigneusement l'action discrète de ce chef, justement nommé en Afrique du Nord, qui reconstitua des forces de revanche, plus tard victorieuses en Italie et au sein de la 1ère Armée.
Il faut également citer Jean-Jacques Beucler, Député, Secrétaire d'Etat à la Défense Nationale, aux Anciens Combattants, qui débusqua le traître Georges Boudarel, déserteur devant l'ennemi, commissaire politique communiste au camp 113 du Viêt-minh, tortionnaire de prisonniers français, et...coulant scandaleusement des jours paisibles de retraité sous haute protection du pouvoir !
On connaît enfin la carrière de baroudeur du Général Bernard Janvier, présent en Afrique, au Liban à la tête du 2ème R.E.P., mais surtout victorieux au cours de la guerre du Golfe, au commandement de la Division Daguet. La "Corniche" d'Alger a bouclé ses cantines d'Archives un certain 30 juin 1962. Sur son dernier cahier, l'Archiviste de cette année-là a laissé, après un flot de révolte, quelques mots de foi et d'espoir.
Ce patrimoine est à présent sauvegardé au Musée du Souvenir, à Saint-Cyr-Coëtquidan, par les bons soins de l'association L.1901 "les anciens des corniches algerienne et weygand".

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